« Le plus grand, le plus inquiétant et, peut-être, le seul magicien du vingtième siècle… »
Robert AMADOU.
« Homme, sois fort ! Jouis de chaque chose et de chaque extase, sans craindre qu’un Dieu doive te condamner pour cela »
Aleister CROWLEY in « Liber Legis »
De nombreuses polémiques ont entouré l’existence de cet homme.
Aujourd’hui presque soixante ans après sa mort, les rumeurs les plus folles continuent de courir !
Qu’on l’aime ou qu’on l’abhorre, il est clair que le personnage d’Aleisteir Crowley ne peut laisser indifférent !
Mais remontons ensemble le temps et venez en notre compagnie à Hasting, petite cité balnéaire sur la côte sud de l’Angleterre, nous sommes le premier décembre 1947 !
La deuxième guerre mondiale est terminée depuis plus de deux ans, mais la visite médicale d’aujourd’hui semble orageuse et se passe plutôt mal !
Docteur et patient ne sont pas du tout d’accord, le praticien ne veut pas donner au malade irascible ce qu’il réclame : une dose importante d’opiacées !
Le médecin quitte la demeure de cette petite pension de famille, en claquant la porte. Pris d’une violente attaque cardiaque, son patient décède peu après en le maudissant.
Le praticien ne lui survivra pas longtemps, il mourra le lendemain d’un accident de la route.
Le malade se nommait Aleister Crowley.
On ne contrarie pas impunément un « sorcier »
A la légende de « Magick »(1) s’ajoutait ce nouvel épisode !
Quelques jours après son trépas, le Lord Chief of Justice d’Angleterre (l’équivalent de notre Garde des Sceaux) déclara : « Aleister Crowley était le personnage le plus immonde et le plus pervers du Royaume Uni »
Mais plongeons ensemble si vous le voulez bien dans le tourbillon des passés !
Edouard, Alexandre Crowley naquit sous le signe de la Balance à Leamington, non loin de Manchester en Grande Bretagne le douze octobre de l’an 1875, un jour de violent orage.
I875 : en France, Eliphas Levi (2)venait de mourir au mois de mai, plus tard Crowley s’imaginera être la nouvelle incarnation de l’auteur de « Dogme et Rituel de la Haute Magie » (il lui dédiera d’ailleurs un ouvrage).
Aleister Crowley avait une certaine tendance à croire être la réincarnation des personnages illustres décédés qu’il admirait, (Eliphas ne fut pas seul).
Ses parents, appartenaient tous deux à une secte protestante connue comme une des plus intransigeantes : les « Darbystes ».du nom de John Nelson Darby, pasteur anglican (1800-1882) qui produisit sa propre bible. Le leitmotiv de cette secte était une interprétation littérale des écritures, rigorisme moral, refus de contact avec d’autres églises et l’abstention d’engagement politique de toute sorte basé sur les visions de sa collaboratrice le médium hystérique Margaret Mac Donald n’ont rien arrangé. De ce rigorisme le jeune Alick (surnom d’Alesteir dans sa jeunesse) ne s’en remettra pas et aura tout au long de son existence une haine farouche pour l’hypocrisie de la religion chrétienne et de ses pendants, je cite : « Cette religion contrôle ses fidèles par la culpabilité et la honte ». Il déclarera d’ailleurs plus tard comme nous le rappelle Massimo Introvigne : »C’est leur Dieu et leur religion que je veux détruire »
Crowley, en effet avait cette caractéristique qu’il n’oubliait jamais les souffrances et les affronts subis. Tout au long de sa scolarité, il ressentira cette ambiance, l’Angleterre puritaine de la Reine Victoria était partout la même. Combien de tourments a du subir le futur Magicien, ballotté d institutions en pensionnats, l’enfant eut à connaître les pires tourments, privé d’amour et de tendresse, en proie à toutes les vexations, il est accusé des pires maux. Jamais, son psychisme ne se relèvera totalement des humiliations et des brimades subies pendant sa prime jeunesse. Toute sa vie, le Mage luttera contre l’injustice et son désir de revanche contre l’adversité.
Le père d’Alesteir était un riche commerçant, négociant en bière, sa mère d’origine irlandaise ne donna jamais au jeune garçon le moindre baiser ou caresse.
Même la présence d’un simple jouet était interdite dans la demeure familiale. Les conditions de vie étaient spartiates. Surtout après le décès du père du jeune garçon survenu en mars 1887, (des songes prémonitoires avaient prévenu Alick alors âgé de onze ans de ce triste événement).
.La famille Crowley tombe alors sur la coupe de Tom Bishop frère trop proche de sa mère Emilie, un homme fanatique violent et méchant (fidèle zélateur de la secte). Il rudoie l’enfant et abuse probablement du garçonnet a qui il attribue le surnom de la Bête (plus tard Aleister Crowley se fera appeler : « The Great Beast » en référence à la Bête de l’Apocalypse de saint Jean, et ne manquera pas d’ajouter 666 à ce « charmant » patronyme) (3)
« …Que celui qui a de l’intelligence calcule le nombre de la Bête. Car c’est un nombre d’homme et son nombre est 666»
Saint Jean
Après ces années de souffrance, le jeune homme rentre à la faculté de Cambridge : le Trinity collège, il s’y fait remarquer par son refus total de passer examens ou diplômes. Ses passions sont la Magie (déjà) et l’escalade ; il faut savoir, (même si ce n’est pas le sujet de notre étude) que Crowley fut un des meilleurs alpinistes de son temps, vainqueur en 1902 d’un sommet réputé de la chaîne himalayenne.
Il « commet » aussi ses premiers écrits : deux recueils : poésie avec : « Alcedama » et, déjà érotisme, « White Stains » inspiré de Charles Baudelaire, plus tard il rédige même un : « Diary of a drug friend ». Point n’est besoin dans ce cas de traduction. Le jeune homme multiplie les expériences sexuelles de toutes sortes et de toutes natures affectionnant particulièrement les étreintes avec les prostitués surement des deux sexes. Il notera plus tard quelquefois ses (et leurs) performances amoureuses : « La fille était fragile très féminine facilement excitable et passionnée, commettait l’adultère pour la première fois, hautement orgiastique… ou… la fille est une putain vigoureuse d’environ 26 ans. L’orgie a duré de 11 à 22 heures et la cérémonie fut effectuée 3 fois ; et encore : type maternel et taurin, l’aspect peu excitant de l’assistante a rendu l’opération difficile… Je me suis trouvé capable de me concentrer sur l’articulation des mots qui formulent la volonté plutôt que sur la substance de la volonté elle-même. Cela est sûrement à priori mauvais. »
(4)
A peine sorti de l’université, le jeune homme élit domicile dans le quartier de Chancery Lane dans le centre de Londres et transforme son appartement en laboratoire de magie ou il commence à fourbir ses premières armes avec quelques jeunes disciples frais émoulus des bancs du célèbre collège..
Voyageant beaucoup, il reçoit en Suède à Stockholm tel Swendenborg, (5) une « vision céleste » qui lui annonce sa destinée magique !
Continuant ses pérégrinations, Aleister est initié aux arcanes d’une société pour la moins secrète : La Golden Dawn. La date de sa réception nous est connue : le 18 novembre 1898, il y prend un nouveau nom comme cela est, par exemple, dans les organisations compagnonniques et dans certains rites maçonniques : « Perdurabo » Désormais il sera « Frater Perdurabo »
L’Hermetic Order of Golden Dawn était une société de type Rosicrucienne dont le but était de libérer l’homme de son état terrestre en pratiquant la Haute Magie.
De célèbres personnages en firent partie : l’écrivain Arthur Machen, l’actrice Florence Farr, le poète William Butler Yeats, Moïna Bergson, (soeur d’Henri Bergson, le grand philosophe) Edward Bulwer Lytton et surtout l’auteur du célèbre (roman ?) Dracula : Bram Stoker. On a même parlé de Conan Doyle et de Rudolf Hess !
La « société » remontait d’après ses dires à l’alchimiste, astrologue et magicien John Dee, conseiller privé occulte de la reine Elizabeth 1er. Celui-ci naquit à Mortlake en 1527, sa vocation lui vint en découvrant l’ouvrage de Cornélius Agrippa « De Occulta Philosophia ».
John Dee fut un inventeur génial, le mot Brittannia fut crée par lui mais, surtout, un être auquel on prêtait des pouvoirs magiques énormes : la légende dit que le naufrage de l’Invincible Armada attaquant l’Angleterre est le résultat de ses pratiques incantatoires. On lui attribue des transmutations de métal « vulgaire » sous la protection de Rodolphe de Habsbourg en or et bien d’autres miracles. Il rencontra parait-il le fameux Rabbin Loew créateur du Golem.
Il est à noter qu’Alesteir Crowley croyait fermement être (également) sa réincarnation.
Dee mourut en 1608, retiré de tout. Mais sa principale œuvre fut son « miroir magique », une sorte de cristal noir, avec lequel par l’intermédiaire d’un rituel secret, il prétendait rentrer en contact avec des entités terrifiantes et cruelles parlant les langues « Enochiennes » (6).
Dee les rencontra à ses dires « physiquement » ce fut horrible, voici cette entrevue relatée par lui : « Ainsi me préparais-je dés cette nuit, avec toute la frénésie de ma furieuse convoitise, à mes représailles, et je suivis point par point les instructions du désincarné BG . Mais je n’oserai décrire les processus des ceremoniae auxquelles je procédai pour mettre à la merci de ma puissance l »âme et la chair d’Elizabeth (la reine ndlr). BG resta près de moi, tandis que la sueur de cette épouvantable besogne perlait à tous les pores de ma peau ; le cœur et le cerveau me faisaient si mal que je pensais à plusieurs reprises tomber en syncope. Je ne puis dire que ceci : Il y a des êtres dont la vue est déjà si terrifiante qu’elle fige le sang ; mais qui comprendra si je dis : encore plus terrifiant est leur voisinage invisible ! Alors l’affreux sentiment d’être un aveugle sans défense atteint les limites de l’horreur. Enfin arrivèrent à leur terme les évocations auxquelles, pour finir j’avais dû procéder hors de la maison, nu par un temps relativement frais, sous la lune décroissante. Enfin j’élevai le noir cristal de charbon dans le clair de lune, et, toutes mes forces de volonté bandées à l’extrême, je concentrai mon regard… sur ses facettes miroitantes. Cependant BG disparaissait et la reine s’avança comme si, les yeux fermés, elle flottait dans un hâle mystérieux sur les pelouses du parc….Son aspect était beaucoup plus celui d’un fantôme. Je n’oublierai jamais ce qui se produisit alors au tréfonds de ma poitrine. Ce n’était plus le battement de mon cœur ; non c’était un cri sauvage, inarticulé qui s’arrachait à mes pulsations et, qui jailli aux confins du monde, éveillait pourtant au plus intime de moi-même l’écho d’un labyrinthe si épouvantable que la terreur me dressa les cheveux sur la tête…. Je pris Elizabeth par la main, cette main que je trouvai d’abord froide, se réchauffa progressivement comme si en la touchant progressivement, je faisais passer mon sang (son sang ou son âme ndlr), dans le sien »(7)
Les initiés de la Golden Dawn dans ses grades supérieurs affirmaient connaître le langage de ces « esprits » et avoir pu conclure un pacte avec ces derniers. Les initiés de la Golden Dawn dans ses grades supérieurs affirmaient connaître le langage des « esprits Enochiens» et avoir pu conclure un pacte avec ces derniers. Les « Enochiens » leurs apparaissaient vêtus de robes diaphanes lors de cérémonies rituelles réservées à l’élite de l’Ordre (on croirait retrouver les « Chapitres pseudos templiers» du tristement célèbre O.T.S. de Jouret et de Mambro, une organisation qui d’ailleurs n’a pas délivré tout ses mystères)(8).
L’Alchimiste John Dee aurait réussi en les contactant ; son Grand Œuvre !
Aleister Crowley tenta de l’imiter. Réussit-il ?
Toujours est-il que de nombreux évènements étranges après les expériences produites par Aleister se manifestèrent autour du Mage, dans son appartement des « ombres apparaissaient, des portes s’ouvraient, des « raps » se faisaient entendre et dans la rue des chevaux s’emballaient à sa vue ».
Il est à noter que ces phénomènes « magiques » perdureront la vie durant du Magiste avec plus ou moins d’intensité selon le moment.
C’est aussi probablement à cette époque que Crowley commença à s’adonner aux drogues de toutes sortes, s’enfermant dans le labyrinthe des paradis artificiels ou il errera souvent malheureusement jusqu’a son décès.
Par contre ce qui est sûr, c’est qu’il devint acquéreur d’une propriété manoir en Ecosse proche du célèbre Loch Ness où il consacra un oratoire dans le sens latin du terme (même si ses prières furent pour le moins douteuses) et se livra semble-t-il à de curieuses pratiques.
Jean Claude Frère nous le décrit ainsi : « Nuit après nuit, il déclamait… des vieux rituels ; une clameur satanique semblait lui répondre, surgissant des murs, parquets ou des plafonds…traçait des cercles et des pentacles… couvrait le mur de son manoir de lettres hébraïques et de hiéroglyphes surgis d’un autre âge ou d’un autre monde. Quelquefois pour les fêtes annuelles du paganisme (Samain, Walpurgis Nacht etc…) (9)il réunissait quelques amis…une ivresse orgiaque unissait tous les participants en une même célébration priapique. Hommes et femmes partageaient, par le sexe et les sauvages incantations, la même hostie luciférienne…Siégeait au centre Crowley prince des ténèbres de 25 ans. Les paysans des Highlands s’effrayaient et racontaient que Maître Aleister est Satan en personne. »
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